PPP

En septembre 2016 j’ai repris mes études. Débarquant en 1ère année de licence psycho avec une quinzaine de matières à bûcher, j’ai donc découvert avec amusement ce que seront mes matières principales pour les années à venir : psychoco, psychoso, psychodev, psychodiff, pour les intimes. C’était aussi l’occasion pour moi de désengluer de ma mémoire quelques souvenirs de lycée, et pas que les meilleurs : anglais, statistiques, biologie, géographie… Et il y avait PPP, pour «Projet Professionnel Personnalisé» : à l’issue d’une série de cours sur la rédaction de CV et de lettre de motivation, il me fallait, pour valider l’UE, écrire une fiche bilan sur mon parcours professionnel. Autrement dit, il me fallait répondre à la question que tout le monde me pose depuis des mois : « Pourquoi, mais pourquoi tu reprends tes études?! »

Il m’était difficile d’expliquer les raisons de ce choix. Mon boulot de graphiste-couteau-suisse me plaît toujours, même si mon quotidien de clique-boutons est parfois un peu lassant. Ma « passion pour les nouvelles technologies », ligne forte d’une potentielle lettre de motiv’ que je n’aurais jamais à écrire, fait pâle figure depuis quelques temps. Je n’ai plus le même engouement. Alors à savoir si je veux à moyen terme changer de métier, je fais une réponse de normande : c’est bien possible. Mais alors pourquoi la psychologie ? Je ne veux pas forcément devenir psychologue. En fait je ne sais pas si cela me plairait. Je me rends compte, avec un peu de recul, que j’aurais tout aussi bien pu étudier, et avec le même entrain, la sociologie ou l’anthropologie, pourvu que le domaine touche à l’humain. Cet humain qui, les années passant, m’intéressent finalement plus que l’ordinateur, son programme et ses réseaux.

Voilà pour la réponse officieuse. Ma réponse officielle (également téléchargeable en PDF) est détaillée ci-dessous, avec les ronds de jambe universitaires d’usage.  J’ai remis ce texte accompagné de mon CV, qui ne mentionne pour l’instant rien de très psy… Mais attendons la suite.

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Fiche bilan sur le parcours professionnel

Je suis actuellement étudiante en 1ère année de licence de psychologie à l’université Rennes 2. Pour pouvoir continuer en parallèle mon activité professionnelle j’ai choisi l’enseignement à distance du SUED. Le choix de la psychologie peut paraître surprenant compte tenu de ma formation initiale et de ma situation professionnelle actuelle. C’est pourtant, pour moi, une suite logique de mon évolution, tant personnelle que professionnelle. À la lumière d’un historique de mon cursus et de mes expériences professionnelles, que je vais détailler dans un premier temps, ce bilan sera l’occasion d’exposer mes attentes et objectifs quant au suivi de cette formation.

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Mon parcours est atypique pour plusieurs raisons. La première est relative à mes études, qui m’ont amenée à mélanger des disciplines tant scientifiques qu’artistiques. J’ai tout d’abord obtenu un baccalauréat scientifique, puis un DEUG de physique. Confrontée aux sciences formelles et expérimentales, j’y ai notamment compris ce qu’est une démarche scientifique et j’ai adopté cette rigueur scientifique pour appréhender le monde qui m’entoure.

Mais cette formation restait très théorique, et j’ai voulu confronter les connaissances acquises à la réalité, les mettre en application. Étant passionnée de photographie depuis de nombreuses années, la transition était toute désignée. J’ai été admise en 2000 à l’École Nationale Supérieure Louis Lumière pour y suivre une formation sur 3 ans en photographie. La particularité de l’option choisie alors, « Photographie et traitement des images », était de croiser un enseignement scientifique appliqué au champ photographique (optique, chimie, électronique, informatique…) avec des disciplines artistiques (histoire de l’art, dessins de perspectives, histoire de la photographie, créations personnelles…). Place belle était faite également à la pratique, tant en prise de vue qu’en tirage de laboratoire. L’objectif pédagogique était donc d’acquérir des connaissances larges autour de la photographie et de ses métiers, mais aussi de s’immerger dans le monde professionnel au travers de stages en entreprise.

L’année d’obtention de mon diplôme de fin d’études, en 2003, correspondait à un contexte particulier pour les métiers de la photographie : il s’opérait alors une transition entre l’argentique et le numérique, et à cette occasion bon nombre de structures spécialisées en photographie ont fermé leurs portes, faute d’avoir suffisamment pu investir dans ces nouvelles technologies. Malgré la renommée de la formation que j’avais suivie, les débouchés professionnels étaient fortement réduits.

Ma rencontre avec Guy Peellaert, artiste renommé dont j’ai été l’assistante pendant un an, a été déterminante pour la suite de mon parcours. D’une part parce que j’y ai découvert ce que pouvait recouvrir le métier d’artiste – tant sur le fond, à travers la diversité et la transversalité des pratiques (graphisme, photo, illustration, etc.), que sur la forme car il nous fallait jongler entre travaux de commande, montages d’expositions, recherches personnelles et… mondanités. D’autre part parce que j’ai alors compris qu’il était possible de travailler autrement, c’est-à-dire en dehors du cadre du salariat et du monde souvent très fermé et normé de l’entreprise. Je prenais alors le pari de me lancer en profession libérale, puis par tâtonnements, année après année, j’ai développé mon activité et ma clientèle.

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Installée dans la vie active depuis près de 15 ans, j’ai aujourd’hui un métier qui me passionne : je suis graphiste indépendante, parfois appelée directrice artistique ou webdesigner selon les missions qui me sont confiées. J’interviens de façon ponctuelle ou globale sur des projets en communication, édition ou événementiel. Mes clients sont parfois des entreprises, plus souvent des associations et des collectivités locales. Je travaille également en sous-traitance d’agences. Mes compétences englobent la conception de supports imprimés et d’identité visuelle, aussi bien que la réalisation de sites Internet dont je peux aussi prendre en charge les aspects techniques. Cette double casquette me permet de proposer des solutions de communication de A à Z auprès de petites structures. En cela mon travail est très diversifié et c’est ce qui en fait sa richesse au quotidien.

Le graphisme est un domaine très large, qui attire beaucoup de vocations, mais a priori peu engageant quant aux débouchés concrets dans le monde du travail. J’ai pour ma part réussi à trouver ma place, avec une clientèle fidèle qui fait régulièrement appel à mes compétences autour de thématiques très variées. Pour pérenniser mon activité il a fallu faire preuve de grandes capacités d’adaptation. Nombre de mes compétences ont été acquises en autodidacte, notamment toutes mes connaissances techniques en informatique et en programmation, domaines pour lesquels l’apprentissage « sur le tas » est particulièrement adapté. Dans les métiers liés aux nouvelles technologies, faire preuve de curiosité est un enjeu au quotidien, ce que je fais avec enthousiasme pour tous les sujets qui me passionnent.

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Je suis donc aujourd’hui en reprise d’études, en psychologie, ce qui peut paraître paradoxal avec la description que je viens de faire de mon métier. Mes centres d’intérêt ont toujours été multiples et variés. Je me passionne pour beaucoup de choses et ma soif d’apprendre n’est jamais étanchée. J’ai d’ailleurs choisi un métier qui se renouvelle constamment et pour lequel il faut sans cesse faire de la veille technologique et se former aux nouvelles tendances. En cela je me définis comme multi-potentielle : j’ai des facilités pour apprendre, quel que soit le domaine, et je suis capable de me passionner très intensément pour divers sujets ou diverses cultures, qui m’amènent chacun à explorer, étudier, écrire, analyser… Là où l’adage populaire voudrait que chacun trouve sa voie professionnellement, et quand certains savent depuis toujours qu’ils deviendront médecins, écrivains ou professeurs, il me semble au contraire essentiel d’ouvrir au maximum le champ des possibles et de croiser les disciplines.

Je n’avais jusqu’alors que très peu exploré les sciences humaines mais j’ai toujours eu une grande curiosité pour la compréhension du comportement de mes semblables et du fonctionnement du cerveau humain. En 2014 j’ai contribué à la réalisation de Cinepsy.com, un site sur le cinéma et la psychanalyse. Puis plus récemment, dans ma pratique, je me suis beaucoup intéressée à l’expérience utilisateur, et plus particulièrement au design émotionnel : en résumé il s’agit de communiquer de l’émotion au travers d’une interface graphique. Mes recherches sur le sujet m’ont amenée à explorer des notions relatives à la psychologie.

Ces quelques expériences m’ont convaincue qu’il me faudrait désormais investir du côté de l’humain pour que mon travail artistique évolue et, à un niveau plus personnel, pour mon propre épanouissement. J’ai entrepris de reprendre la pratique de la photographie, notamment à travers la réalisation d’une série de portraits. Mon idée première était d’explorer photographiquement la possibilité d’une représentation allégorique de l’inconscient, tel que l’imaginaire collectif le conçoit. Ce travail pourrait aboutir à la création d’un livre, mêlant photographie, graphisme et écriture, et éventuellement se décliner sous la forme d’une exposition. J’ai voulu mettre toutes les chances de mon côté pour faire aboutir ce projet et pour cette raison, depuis la rentrée 2016 et en plus de la licence en psychologie, je prépare un diplôme universitaire à l’Université Paris Diderot, intitulé « Découvertes et avancées de la psychanalyse ».

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Mes attentes concernant cette formation sont simples, en quelques mots : qu’elle m’ouvre de nouvelles voies à explorer. Le cadre universitaire est très stimulant pour moi et me permet de canaliser mon désir d’apprendre. Les premières impressions de ce début de cursus sont positives par bien des aspects.

Une première possibilité pour moi serait la réalisation d’une thèse. Et comme l’écriture de ce bilan permet de se projeter sans autre limite que l’imagination – et peut-être aussi de l’impératif de débouchés concrets – voici quelques thématiques qu’il me plairait de traiter :

  • « Le matériel du rêve comme potentialité de sublimation par l’art : l’œuvre du photographe Nobuyoshi Araki »
  • « La symétrie dans l’art brut »
  • « Perception(s) de l’espace dans l’art naïf »

Je ne mets pas de côté la possibilité d’une reconversion complète vers le métier de psychologue, ou vers un métier en rapport avec la psychologie. Si tel était le cas j’imagine plutôt m’orienter vers l’art-thérapie, pour faire le lien avec mes aspirations artistiques d’aujourd’hui. Mais pour me projeter plus concrètement dans un devenir de psychologue, j’espère pouvoir réaliser à moyen terme des stages auprès de professionnels, dans le milieu hospitalier notamment. Les domaines qui m’intéressent plus particulièrement sont les neurosciences comportementales et l’accompagnement d’adolescents en difficulté.

L’expérience m’a souvent montré que nos destins, professionnels comme personnels, sont étroitement liés aux personnes que nous rencontrons, et le comble de mon intérêt naissant pour les sciences « humaines » serait de déroger à cette règle. Ainsi, quel que soit l’aboutissement de cette reprise d’études, je suis convaincue que ces prochaines années étudiantes seront riches en rencontres décisives pour mon avenir.